Un soir avec Kennedy

Romain Gary
Categorie : Carnets de L'Herne
Parution : 01/01/2008
Pages : 52
ISBN : 9782851978578

Dans ce carnet sont réunis quatre textes issus du Cahier de L’Herne consacré à Romain Gary (2005). Chacun de ces textes – qu’il s’agisse de portraits ou de considérations sur la littérature anglo-saxonne – constitue un éclairage singulier sur la société américaine telle que l’a observée Romain Gary.


« On parle volontiers chez vous d’Anglo-Saxons a propos de nous autres Américains. Pouvez-vous me dire ce qu’on entend exactement en France par Anglo-Saxons lorsqu’on évoque les États-Unis ? » Nous sommes dans la salle à manger de la Maison-Blanche. Le repas vient à peine de commencer. La conversation aussi. Nous n’avons même pas eu le temps de « bavarder », je dis bien « bavarder» : Kennedy vous interroge plus qu’il ne vous parle. Ce cerveau admirablement équipé et d’une rapidité extrême – il mettait deux fois moins de temps à lire un texte qu’aucun de ses collaborateurs – semble avoir le goût de l’information, des faits précis, du renseignement de bonne source qui exclut parfois toute transition dans les entretiens et vous donne un peu l’impression d’être devant un examinateur. Cette façon de vous demander carrément, directement, et parfois même un peu brutalement, ce qui l’intéresse, est le seul privilège qu’il s’accorde dans ses rapports avec vous en tant que Président de la plus puissante république du monde.

« – À quoi attribuez-vous la méfiance que l’on semble encore éprouver en France à l’égard de la puissance américaine ? Je sais bien que la puissance inspire par définition de la méfiance et c’est une chose excellente. Il faut se méfier non seulement de la puissance des autres mais de sa propre puissance. Mais croyez-vous vraiment que nous songions à une domination quelconque de l’Europe ou du monde? Le croyez-vous personnellement ? » «Nous sommes six à table: le Président et Jacqueline Kennedy, Richard Goodwin, « speechwriter» et directeur adjoint du Peace Corps, et son épouse, ma future femme, Jean Seberg, et moi. Un coup de téléphone nous a avertis hier que le Président des États-Unis nous attendait à dîner le lendemain. L’avion de New York a perdu du temps dans l’embouteillage de l’aérodrome et nous sommes arrivés une demi-heure en retard au dîner avec le Président des États-Unis. Nous avions envie tous les deux, en pénétrant dans la Maison-Blanche, de nous faire hara-kiri. Faire attendre une demi-heure le président de la République était, au point de vue protocolaire, une véritable monstruosité. »

 

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