Il s’agit d’un essai « ethnographique » très original de par sa méthode et de par son objet.
La méthode mêle heureusement le récit, dans le sens le plus noble du terme, qui exige proximité et vécu ; la réflexion théorique, ici de nature anthropologique, qui suppose la distance critique et un travail sur les concepts. L’objet : le « Tsiny » et le « Tody ». Deux rites, ou plutôt deux manières d’être individuelles et collectives qui soudent entre eux, à travers les générations, les Malgaches en les ancrant dans un temps mythique, à la fois singulier et complexe. D’un côté, le « Tsiny » (traduit par « censure » ou « blâme »), une sorte de sanction pour qui a, malgré lui, transgressé les nombreuses règles et coutumes qui rythment la vie insulaire. De l’autre, le « Tody » (traduit par « retour » ou « représailles »), le retour éternel de ce que l’on a fait et qui s’exprime aussi bien dans la maladie que dans la catastrophe.
Le « Tsiny » est une faille dans l’ordre des choses. Le « Tody » a pour fonction de le rétablir. L’auteur est en outre habité par le souci de « sauver » l’âme malgache, tout en se félicitant de l’entrée de son peuple dans la modernité et de la conversion d’une grande partie des Malgaches au Dieu chrétien.
Tolstoï commença la rédaction de cet essai, intitulé Du suicide, en mars 1910, peu de temps avant sa mort. C’est l’un de ses tout derniers textes. Il en reprit la rédaction quelques mois plus tard, après avoir visité deux hôpitaux psychiatriques, orientant sa réflexion sur la folie.